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Tel est peut-être un des enseignements à tirer de ce feuilleton à rebondissements qui est peut-être loin d’ailleurs de son épilogue. Que l’on envisage l’affaire « Woerth-Bettencourt » d’un point de vue purement politique ou avec un regard plus juridique, c’est la place qui y occupe le soupçon qui frappe le plus l’esprit, en même temps d’ailleurs que la détestation qui s’exprime à son encontre.
On n’a pas trouvé de mots assez durs, côté gouvernemental, pour qualifier l’accumulation de soupçons dont l’actuel ministre du Travail aurait été accablé. Au banc des accusés, tour à tour l’opposition et une partie de la presse. Honnissant les soupçons infligés à un « honnête homme », on n’a pas hésité à en formuler aussi contre leurs auteurs présumés : celui de faire le « lit de l’extrême droite » pour l’opposition, et celui — exprimé tout en nuances — de recourir à « des méthodes fascistes » pour Médiapart…
Dans un État de droit, assure-t-on volontiers, ce n’est pas à la presse de désigner les coupables et de les jeter en pâture à la vindicte populaire. C’est de la justice que doit venir la lumière.
Soit. Mais alors pourquoi investir le juge Courroye, dont la proximité avec le président de la République est de notoriété publique, de ce dossier ? Pourquoi prétendre le 11 juillet que l’affaire est terminée sur la base d’un rapport de l’inspection générale des finances ? Pourquoi distribuer à la presse — dans un temps record s’agissant du site le Figaro.fr — des extraits de procès-verbaux d’audition minutieusement sélectionnés mettant hors de cause le président de la République ?
Soupçons injustifiés contre Éric Woerth, qui n’a pas contesté et sa double casquette à l’époque des faits de trésorier du parti majoritaire et de ministre du Budget, et les fonctions occupées par son épouse au sein de la société gérant le patrimoine de Mme Bettencourt ?
Violation injustifiée de la présomption d’innocence que tout cela — et quelques autres faits rapportés, comme la présence du même ministre à la table de la milliardaire ?
On a feint de ne pas voir que les soupçons dans cette affaire ne doivent pas tant à l’esprit malveillant de quelques journalistes (quand on en est à jeter l’opprobre sur la presse « comploteuse »… ) qu’à des situations elles-mêmes — proprement inimaginables dans la plupart des autres démocraties occidentales — qu’une partie de la classe politique n’est semble-t-il plus capable de trouver éthiquement embarrassante.
La presse de ce week-end suggérait qu’à plus ou moins long terme, M. Woerth pourrait renoncer à ses fonctions de trésorier de l’UMP. Trop tard sans doute, mais du moins peut-on espérer qu’on puisse voir dans cette perspective le signe d’un début de prise de conscience.
Si l’on veut éviter que le soupçon ne gangrène la vie politique, il faut commencer par ne pas lui donner prise à tort et à travers en érigeant le cumul de fonctions en institution et le conflit d’intérêt en art de vivre. C’est ce qui distingue les démocraties civilisées des républiques dites « bananières ».
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